Le conceptualisme comme meilleur ennemi. A propos de l'actionnisme moscovite des années 1990

Cycle de conférences : Le conceptualisme moscovite

Né en 1957 à Moscou. Fondateur et rédacteur en chef du Moscow Art Magazine (Moscou) et de Manifesta Journal. Journal of Contemporary Curatorship (Amsterdam). Commissaire d'exposition de nombreux événements, par exemple dans le cadre des biennales d'Istanbul (1992), de Rotterdam (1996), de Valence (2001), de Sao-Paulo (2002-2004), de Venise (1995, 1997, 2003, 2005, 2007, 2015). De 2010 à 2014, président du conseil du fonds Manifesta (Amsterdam). Auteur d'un grand nombre d'articles de catalogues et de livres, dont “L'autre” et la différence (NLO, Moscou, 2004), Cinq leçons sur le commissariat d'exposition (Ad Marginem, Мoscou, 2014), Curator Without a System. Viktor Misiano: Selected Writings, Sternberg Press, Berlin, 2022, etc. Professeur honoraire de l'université d'Helsinki. Réside à Moscou et à Cisternino (Italie).

Le 18 avril 1991, au centre de Moscou, sur la place rouge, le groupe de jeunes artistes E.T.I (Expropriation du Territoire de l'Art), qui a pour chef de file Anatoli Osmolovski, réalise une action audacieuse : sur la chaussée, ses membres dessinent avec leur corps le mot « couille » et intitulent leur action E.T.I — texte. C'est ainsi qu'au milieu des années 1990 l'art non officiel russe voit apparaître une nouvelle poétique actionniste diamétralement opposée à celle du conceptualisme moscovite jusqu'alors dominante. Si ce dernier s'attachait à promouvoir l'autonomie de l'art et son caractère réflexif, les nouveaux actionnisites mirent en avant son caractère transgressif et sa portée sociale. Pourtant, l'intitulé de l'action d'Osmolovski comprenait un concept clé du conceptualisme moscovite, celui de texte. Cela démontre que cette action était en réalité une parodie polémique du conceptualisme russe : celui-ci restait ainsi le ressort caché des pratiques actionnistes des années 1990.

Intervenant
Viktor Misiano (Moscow Art Magazine)

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À propos de ce cycle de conférences : Le conceptualisme moscovite

Le conceptualisme moscovite est un courant artistique non officiel, apparu en URSS à partir de la fin des années 1960 et principalement dans la capitale. Le terme « conceptualisme moscovite » recouvre en réalité une grande variété de destins artistiques, une diversité d’approches, de modes d’action et de médiums créatifs, pratiqués par des artistes qui travaillent en collectifs. Le conceptualisme moscovite a inventé de nouvelles stratégies pour contourner les institutions et la censure, pratiquant principalement un art « souterrain », un art produit pour soi-même et non pour un commanditaire, qu’il s’agisse de l’État ou d’un mécène privé. Il s’agit aussi d’une initiative d’autopositionnement et d’autoreprésentation des artistes russes qui souhaitent réintégrer les courants artistiques contemporains mondiaux par le biais de l’art conceptuel. Le conceptualisme moscovite produit des descriptions presque scientifiques, et en même temps très ironiques, des réalités soviétiques et post-soviétiques. Les artistes, tout en ne s’engageant pas dans une démarche dissidente, se situent en marge de la vie sociale : ils s’attachent à l’observer à la manière d’ethnographes dans un monde étranger.

En partenariat avec le LabEx COMOD de l’université de Lyon

Comité scientifique
Ekaterina Bobrinskaïa, Stéphane Gaessler (INHA, centre André Chastel), Valérie Mavridorakis (Sorbonne Université, Centre André Chastel), Zahia Rahmani (INHA), Igor Sokologorsky (Labex COMOD, Université de Lyon)

Domaine de recherche
Histoire de l'art mondialisée, programme « Observatoire : Globalisation, Art et Prospective »

Cycle de conférences : Le conceptualisme moscovite
Le 18 avril 1991, sur la place Rouge, devant le mausolée de Lénine, action du groupe d'artistes E T. I (Expropriation du Territoire de l'Art), dirigé par Anatoli Osmolovski, dont les membres dessinent le mot "couille" avec leur corps.

Mardi 28 juin, 18h30

Adresse

Institut national d'histoire de l'art - Galerie Colbert, Salle Giorgio Vasari

2, rue Vivienne ou 6 rue des Petits Champs - 75002 Paris - 75002 Paris

Conditions

  • Entrée libre dans la limite des places disponibles.